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IVG et violences : les médecins généralistes sont au premier plan pour libérer la parole des femmes

22 novembre 2013

Alors que le HCEfh a rendu ce mois-ci son Avis sur l’accès à l’IVG, une autre question rarement évoquée mérite d’être mise en lumière : celle du lien qui existe entre IVG et violences faites aux femmes[1].


Les violences ne sont pas rares et touchent tous les milieux socio-économiques. La plupart des femmes ne souhaitent pas en parler spontanément à leur médecin (seulement 25% le feraient[2]) : la solution la plus efficace pour lever le voile sur ces violences en l’absence de signes évocateurs consiste en un dépistage systématique. Face à cette situation, les médecins généralistes pourraient être au premier plan pour libérer la parole des femmes victimes de violences et mieux les accompagner.

Diverses études canadiennes, néo-zélandaises et américaines montrent que les violences ont de lourdes conséquences sur la santé physique et psychique des femmes. Quel qu’en soit le type (physiques, sexuelles, psychologiques), les femmes qui subissent des violences utilisent moins de contraceptifs et courent plus de risques de faire des fausses couches spontanées, des grossesses non désirées, et ont recours à plus d’interruptions volontaires de grossesse.

En effet, une étude néo-zélandaise réalisée sur 62 femmes qui avaient vécu une ou plusieurs IVG montre que 50,8% des femmes avaient été victimes de violences sexuelles ou physiques au cours de leur vie. En France, le mémoire de Cécile Sarafis[3], conseillère conjugale et familiale au MFPF, réalisé sur 100 femmes met en évidence que pour 23% d’entre elles, l’avortement est la conséquence directe d’une situation de violence subie par les femmes.

Cependant, en France, le lien existant entre IVG et violences faites aux femmes est encore très peu connu : rarement évoqué dans les études françaises, ce lien est quasiment inexistant dans les manuels destinés aux médecins généralistes et aux gynécologues. Une étude qualitative réalisée par les médecins Gilles Lazimi et Mélanie Pelizzari montre que malheureusement, très peu de médecins posent systématiquement la question des violences aux femmes réalisant une IVG, la plupart des médecins interrogés ayant un manque de connaissance sur le lien entre les IVG et les violences, sur la fréquence et la gravité des conséquences, ainsi que sur la prise en charge des violences chez les femmes[4]. Lire l’étude ici.

Selon cette étude, les médecins interrogés sont conscients qu’ils ont une place centrale dans cette prise en charge en tant que médecins généralistes et ils sont favorables à une formation sur ce sujet ; il est donc urgent d’adapter l’enseignement initial et les formations continues des médecins, et il est tout aussi nécessaire de créer des réseaux afin d’éviter l’isolement des médecins et de permettre une prise en charge adaptée de la patiente. Cela s’ajoute aux recommandations déjà exprimées par le HCEfh dans son rapport relatif à l’accès à l’IVG pour pallier l’insuffisante formation des professionnel-le-s : la contraception, l’IVG et les sexualités devraient être inscrites dans les formations en 1er , 2e et 3e cycle de spécialité et de médecine générale, et dans les formations initiales de l’ensemble du personnel partie-prenante de l’IVG. 



[1] Article réalisé à partir de : M. Pelizzari et al., « Interruptions volontaires de grossesse et violences : étude qualitative auprès de médecins généralistes d’Ile-de-France », Cliniques méditerranéennes, 2013/2 n°88, p. 69-78.

[2] R. Henrion, France, Ministère de la santé, La Documentation française, février 2001, 47 p.

[3] C. Sarafis, « L’intérêt du dépistage systématique des violences faites aux femmes au cours de l’entretien préalable à un avortement dans la pratique des conseillères conjugales et familiales », mémoire octobre 2009, [en ligne] http://fr.scribd.com/doc/22896527/MEMOIRE-octobre-2009 (consultée le 19/11/2013).

[4] M. Pelizzari et al., op. cit., p. 75.