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"Agir dès le plus jeune âge contre les stéréotypes de sexe et les inégalités filles-garçons est une nécessité" Entretien avec Françoise Vouillot

26 février 2014

Françoise Vouillot est enseignante chercheuse en psychologie de l’orientation, maîtresse de conférences à l’Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle - Le Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Elle est également membre du HCEfh et rapporteure pour la partie éducation au sein de la commission Stéréotypes.

 

Le genre, qu’est-ce que c’est ?

 

Le genre est un concept qui désigne le système hiérarchisé de normes de masculinité/féminité en vigueur. Ce système est hiérarchisé car ce qui est désigné comme « masculin » vaut plus que ce qui est désigné comme « féminin », c’est la « valence différentielle des sexes » dont traite Françoise Héritier. Le genre est un outil critique d’analyse de l’organisation du social dans toutes ses composantes, et donc de la construction et du fonctionnement des inégalités entre les sexes.

Le genre définit le contenu des rôles de sexes[1], c’est à dire les traits psychologiques, les comportements, les rôles sociaux ou les activités assignés aux femmes ou aux hommes dans une société donnée, à une époque donnée en un endroit donné. Ces « rôles de sexe » sont donc des constructions sociales, fondées sur des stéréotypes de sexe.

Par exemple, il est attendu des femmes qu’elles occupent des fonctions professionnelles tournées vers le soin aux autres (rôle de sexe) parce qu’elles sont supposées être, par « nature », empathiques et douces (stéréotypes de sexe), et des hommes, qu’ils occupent des fonctions de pouvoir (rôle de sexe) parce qu’ils sont supposés être, par « nature », ambitieux et doués d’autorité (stéréotypes de sexe).

Ainsi, les stéréotypes de sexe légitiment en les naturalisant les rôles différenciés et hiérarchisés prescrits aux filles/femmes, garçons/hommes. Bien sûr, chaque personne (enfant ou adulte) pratique à différents degrés, selon les contextes, les différents rôles de sexes qui lui sont prescrits en tant fille/femme ou garçon/homme mais en grande majorité, ne s’en éloigne pas trop. Les rôles de sexes se construisent et se perpétuent par la pratique relativement assidue que nous en avons.

 

Pourquoi s’intéresser au genre à l’école ?

 

Parce qu’elle est un lieu de socialisation important, l’école a un rôle dans la formation des futur-e-s citoyen-ne-s, des hommes et des femmes qui constitueront la société de demain. Les enfants intègrent très tôt la hiérarchie et les inégalités de sexe, donc au-delà des apprentissages scolaires classiques l’école doit permettre également l’apprentissage des valeurs telles que l’égalité, le respect mutuel ou encore la tolérance. Si l’école ne se préoccupe pas des questions d’égalité des sexes, elle laisse faire l’intériorisation des stéréotypes, des rôles de sexe et de la légitimité de leur hiérarchie.

Evidemment, il ne s’agit pas d’utiliser les concepts de « genre » ou de « norme » avec des enfants à l’école maternelle. Cependant, il est possible d’aborder ces sujets avec des « débats » adaptés, qui favorisent l’expression des questions que les enfants se posent autour de la différence des sexes, des « rôles de sexe » et des rapports filles/garçons. Il est important de les sensibiliser et les faire réfléchir assez tôt afin qu’ils prennent conscience que, leur personnalité, leurs activités et leurs comportements ne sont pas conditionnés par leur sexe biologique et donc de leur offrir un espace de développement plus libre.

En particulier, on sait l’influence de l’apprentissage des stéréotypes et des pratiques « rôles de sexes » sur les choix d’orientation des filles et des garçons à l’adolescence. Bien entendu, les sensibilisations autour de l’égalité et de la diversification de l’orientation sont également appropriées dans le secondaire, mais il est judicieux d’agir plus tôt pour éviter l’enfermement dans ces stéréotypes et rôles de sexes et afin de réduire la division sexuée de l’orientation et ses conséquences inégalitaires sur le marché du travail.

 

Que pensez-vous des ABCD de l’égalité ?

 

Ce dispositif répond à cette nécessité d’agir dès le plus jeune âge en faveur de l’égalité filles –garçons et d’une mixité plus égalitaire. L’approche intégrée de l’enseignement de l’égalité filles-garçons par les ABCD de l’égalité est très intéressante, le sujet étant en effet abordé de manière transversale dans l’ensemble des activités.

La réussite de ce dispositif et la progression de l’égalité filles-garçons à l’école donc des femmes et des hommes dans la société, dépendent de la volonté politique et institutionnelle mais également de la formation des enseignants-es. Pour être efficace, cette démarche doit s’accompagner d’une réelle formation des enseignants aux questions du genre et des inégalités de sexe.



[1] Concept défini dès les années 70 par la psychologue américaine Sandra L. Bem